A moins d'une semaine de Roland-Garros, Guillaume Peyre, entraîneur de Nicolas Mahut au sein du Team Lagardère, a reçu un beau cadeau en héritant de Richard Gasquet, 9e joueur mondial, séparé d'Eric Deblicker après un mauvais début de saison. Dans le cadre du Paris-Jean Bouin, le jeune entraîneur (34 ans), finaliste de l'Open d'Australie 2006 avec Marcos Baghdatis, nous livre ses ambitions pour la suite de la saison du numéro 1 français. Avec gourmandise et enthousiasme.
«Comment se sont déroulés les premiers contacts avec Richard Gasquet ?
Les responsables du Team m'ont dit que Richard avait donné mon nom dans une liste d'entraîneurs potentiels. C'est lui qui a été demandeur. J'ai été clair avec les responsables du Team, et avec Richard. J'ai dit oui, mais en collaboration avec Nico Mahut. Je pensais que c'était la bonne période et le bon moment, parce que Richard était avec Eric (Deblicker) depuis presque quatre ans. Et je pensais que ça ferait du bien et à Richard et à "Nico".
Votre collaboration a-t-elle une durée précise ?
Non, il n'y a pas de période d'essai, on n'y pense même pas. On y va à fond. Il n'y pas d'échéance. On travaille et puis on verra.
Dans quel état psychologique avez-vous trouvé Richard Gasquet ?
Il a traversé une grosse crise de confiance. Il est lucide, il sait qu'il a fait un début d'année difficile. Je l'ai trouvé motivé, il a vraiment envie de retravailler. Il était prêt à jouer beaucoup tout de suite, avec un gros volume horaire. Je lui ai dit non, d'y aller crescendo Richard. Il m'a dit : "Vas-y Guillaume, fais moi faire ce que tu veux, moi je suis prêt."
Et physiquement ?
Il manque un peu de caisse physique, car il a vécu un début de saison difficile. Et, avec la période qu'il a traversée, comme il avait moins envie d'aller sur le terrain, moins envie de faire des efforts, on n'a pas un joueur en pleine possession de ses moyens physiques. Je ne veux pas jeter la pierre à Eric (Deblicker), qui a des super qualités et l'a lancé dans le Top 10. Il faut que Richard rebosse physiquement. Sur une échelle de 1 à 10, il n'est pas à 9 mais il n'est pas non plus à 2.
Combien de temps lui faudra-t-il pour retrouver son meilleur niveau ?
Il faudra un bon mois. Après, quand vous gagnez, la fatigue n'est plus la même, ça vous donne des ailes.
N'est-ce pas un peu court pour Roland-Garros, avec seulement quatre matches de terre battue dans les jambes ?
Il arrive avec peu de victoires mais il faut y croire, déjà. Richard, c'est un super joueur, avec un super potentiel. Donc il va falloir qu'il aille chercher la confiance sur le terrain. Il faut bien se concentrer sur ce premier tour. Derrière, ça peut faire sauter quelques barrières. Et Richard est quand même un super joueur capable de tout...
«Ça peut apporter à Richard un plus grand sens des responsabilités»
Qu'est-ce que cela peut apporter à Richard de partager son entraîneur avec Nicolas Mahut ?
Ça peut lui apporter de l'autonomie, un plus grand sens des responsabilités. Si je pars sur un tournoi avec "Nico", parce qu'ils n'ont pas la même programmation, Richard devra se prouver à lui-même qu'il n'a besoin de personne. Il devra avoir tellement envie de réussir que ça passera avant tout par lui. Ensuite, l'autre côté positif, c'est le phénomène de groupe. Il faudra se tirer la bourre, se servir de cette concurrence pour faire des entraînements de qualité. Ici aussi (au stade Jean Bouin, à Paris), l'avantage, c'est qu'il côtoie ses copains : "Mika" Llodra, "Bennet'" (Julien Benneteau). Par exemple ce matin (mardi), il a fait une séance d'entraînement avec Jonathan Eysseric. Quand on fait des sports co., on est tous ensemble.
Ça va lui faire du bien, plutôt que de l'isoler.
Vous aviez relancé Marcos Baghdatis avant la finale de l'Open d'Australie (ils ont repris leur collaboration en septembre 2005 et le Chypriote a atteint la finale à Melbourne en janvier 2006). Richard est-il dans la même situation aujourd'hui ?
Non, il est dans une situation quand même plus confortable. Marcos était beaucoup moins bien classé (autour de la 80e place mondiale), il avait un huitième de finale en Grand Chelem à défendre (à l'Open d'Australie 2005) et aurait pu se retrouver au-delà de la 100e place.
Pouvez-vous utiliser avec Richard les recettes qui ont marché avec Marcos ?
Non, pas forcément, il y a des choses qu'il va falloir ajuster. En revanche, le dénominateur commun, c'est le travail et mouiller le maillot, se battre.
Allez-vous le faire plus travailler qu'Eric Deblicker ?
Je ne sais pas si je le fais plus travailler qu'Eric, qui l'a amené dans le Top 10. Après, ces derniers mois, je ne sais pas ce qui s'est passé, je n'étais pas du tout dans leurs relations.
Eric Deblicker ne vous a pas donné les rythmes de travail de Richard Gasquet ?
Non, je comptais l'appeler aujourd'hui (mardi), j'attendais un peu. Mon intention n'a jamais été de piquer Richard. Je le côtoyais comme je côtoyais les autres joueurs du circuit. Mais c'est un challenge à relever et j'adore ça.»
Propos recueillis par A. Q. à Paris-Jean Bouin